La question rifaine continue de s’affirmer dans l’espace politique européen. À Bruxelles, le Parti national rifain (PNR) a organisé, samedi dernier, une nouvelle marche consacrée à l’autodétermination et à l’indépendance du Rif, transformant une nouvelle fois la capitale belge en tribune pour une revendication que le mouvement entend porter au-delà des frontières marocaines.
 
Des centaines de Rifains établis en Europe ont pris part à cette mobilisation, selon les informations publiées à l’issue de la manifestation. Des participants venus notamment de Belgique, de France, d’Espagne, des Pays-Bas et d’Allemagne se sont retrouvés à Bruxelles pour cette sixième édition de la marche.
 Le choix de la capitale belge revêt une forte dimension politique pour les organisateurs : Bruxelles concentre les principales institutions européennes et constitue, à leurs yeux, un espace privilégié pour internationaliser la question du Rif.
 
Le message porté par le PNR ne laisse cette fois guère de place à l’ambiguïté. Le mouvement réclame le droit du peuple rifain à décider de son propre avenir politique et revendique ouvertement l’indépendance de la région. Sur son propre site, le parti affirme vouloir œuvrer à la construction d’un « État Rifain démocratique », libre et souverain, et inscrit son combat dans la continuité de la République du Rif proclamée en 1921 sous la direction d’Abdelkrim El-Khattabi.
 
La mobilisation bruxelloise s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large de structuration de la revendication rifaine en Europe. Le PNR cherche à faire sortir cette question du seul cadre marocain pour la porter devant les institutions internationales, les organisations de défense des droits humains et les responsables politiques européens. Dans sa présentation officielle, le mouvement affirme notamment vouloir obtenir une reconnaissance internationale des droits qu’il attribue au peuple rifain sur ce qu’il considère comme sa terre historique.
 
Cette stratégie s’appuie largement sur la mémoire de la République du Rif, fondée en 1921 après la victoire des forces d’Abdelkrim El-Khattabi contre les forces espagnoles. Pour le PNR, cette expérience historique constitue la référence politique à partir de laquelle est formulée aujourd’hui la revendication d’un Rif libre et souverain. Le parti présente d’ailleurs explicitement son projet contemporain comme une volonté de poursuivre cet héritage et de préparer les bases d’un futur État rifain.
 
À cette dimension historique s’ajoute celle, plus récente, du Hirak du Rif. Le mouvement de contestation qui avait secoué la région en 2016 et 2017 avait d’abord porté des revendications sociales, économiques et liées aux services publics, avant de devenir un dossier politique majeur à la suite de l’arrestation de plusieurs de ses figures. La question des détenus issus du Hirak demeure d’ailleurs régulièrement présente dans les mobilisations rifaines organisées en Europe.
 
La marche de Bruxelles intervient également dans un contexte où le PNR cherche à renforcer ses relais internationaux. En 2024, le mouvement avait notamment organisé à Alger une rencontre consacrée à la République du Rif et à son droit revendiqué à recouvrer son indépendance. La même année, le PNR avait conclu à Bruxelles une déclaration commune avec le Front Polisario autour de la question de l’autodétermination, rapprochant ainsi deux revendications territoriales distinctes dans leur histoire mais que les deux mouvements présentent comme relevant d’un même principe politique.
 
À Bruxelles, le PNR entend donc maintenir la pression et donner une visibilité internationale à une revendication indépendantiste qui reste rejetée par les autorités marocaines. La manifestation du 19 septembre traduit surtout la volonté du mouvement de faire de la question rifaine un dossier politique européen à part entière, en s’appuyant sur la diaspora et sur les espaces institutionnels de la capitale belge.
 
Loin de se limiter à une commémoration historique, cette nouvelle mobilisation confirme ainsi l’évolution du discours du PNR : de la défense de l’identité et des droits du Rif à une revendication politique clairement formulée autour de l’autodétermination et de l’indépendance. Une orientation que le parti revendique désormais ouvertement et qu’il entend inscrire dans la durée sur la scène européenne.
Rédaction Algérie54