Par Hanane Ben
L’invasion des enclaves espagnoles par des hordes marocaines, à la fin de ce mois de juillet, continue de susciter l’indignation au sein de la société espagnole. L’utilisation de l’immigration comme moyen de pression s’inscrit dans une stratégie de longue date, employée par le Maroc contre l’Espagne et pour nombre de politiques, de journaliste et universitaires cet afflux de population rappelle la «marche verte» de 1975, lorsque Hassan II avait mobilisé des centaines de milliers de ses sujets vers le Sahara Occidental alors administré par l’Espagne.
« L'Espagne doit rester ferme face à cette attaque hybride du Maroc et, le cas échéant, reconsidérer sa position sur le Sahara Occidental. Dans les affres de la fin de la dictature franquiste, en novembre 1975, Hassan II a promu la Marche verte sur la colonie espagnole du Sahara espagnol, ce qui a finalement conduit à son occupation jusqu'à ce jour », a écrit la juriste espagnole, Ana Manero Salvador et universitaire de premier plan dans une de ses tribunes dans El Pais.
Pour cette universitaire, l’épisode de ce mois de juillet, rappelle fortement le déplacement de population vers un territoire sous souveraineté ou administration espagnole, « comme ce fut le cas en 1975 » : une instrumentalisation de civils à des fins politiques dont l’idéologie repose sur la théorie du Grand Maroc.
« Le substrat idéologique de ces comportements repose sur la théorie du Grand Maroc, une doctrine nationaliste fondée sur l'idée que les frontières actuelles du royaume alaouite sont le produit du colonialisme européen et doivent être redéfinies afin d'agrandir le territoire national », a-t-elle expliqué précisant que cette doctrine prône l'annexion du Sahara Occidental, de l'ensemble de la Mauritanie, de parties de l'Algérie y compris la région de Tindouf, du Mali, ainsi que de Ceuta et Melilla.
Si le Maroc a accepté la plupart de ses frontières avec la Mauritanie et l'Algérie, pour elle, des différends territoriaux persistent quant au statut du Sahara Occidental, de Ceuta et de Melilla.
Pour Ana Manero Salvador, l'occupation marocaine du Sahara Occidental reste illégale en droit international : malgré l'appui diplomatique d'États comme les États-Unis ou l'Espagne au plan d'autonomie de Rabat, l'ONU impose que l'accord final passe impérativement par l'autodétermination du peuple sahraoui.
Selon la juriste, les prétentions marocaines qualifiant Ceuta et Melilla de « vestiges coloniaux » sont infondées : espagnoles depuis des siècles, reconnues par d'anciens traités et consacrées par la Constitution, l'ONU ne les a jamais considérées comme des territoires à décoloniser.
D’après l’experte en droit international, l'intrusion à Ceuta constitue une violation hybride de la souveraineté espagnole qui témoigne de l'audace croissante de Rabat, enhardi par son alliance stratégique avec Washington et Israël scellée lors des accords d'Abraham.
Face à un voisin qui n'hésite pas à instrumentaliser les frontières à des fins politiques, pour l’universitaire, Madrid doit exiger une solidarité ferme et sans faille de l'Union européenne. Pour contrer efficacement ces moyens de pression, l'Espagne, selon elle, ne doit plus céder de terrain et doit impérativement réaligner sa diplomatie sur le Sahara Occidental en se conformant strictement au droit international et au cadre onusien.
En conclusion, l'experte rappelle que le Maroc est un voisin ni facile ni fiable, dont les mécontentements politiques ne sauraient justifier la moindre opération de chantage et de déstabilisation aux frontières. Face à ces manœuvres inacceptables — qu'il s'agisse des tensions avec l'Algérie ou du statut des Sahraouis —, l'Espagne doit faire preuve d'une fermeté inébranlable et reconsidérer sa position sur le Sahara Occidental afin de la réaligner pleinement sur le droit international.