Par Hanane Ben

Les déclarations du Nigeria sonnent comme une cinglante désillusion pour Rabat. Après avoir vendu à sa population le rêve d'un projet de gazoduc Atlantique invraisemblable, le pouvoir marocain subit un revers majeur, trahi par des annonces irréalistes désormais balayées par la réalité géopolitique.

En effet, lors du sommet Russie-Afrique à Moscou, le Nigeria a entériné son choix pour le Gazoduc transsaharien (TSGP) vers l'Algérie, écartant définitivement le projet concurrent de gazoduc Atlantique porté par le Maroc.

Pour enfoncer le clou, le ministre nigérian du Gaz, Ekperikpe Ekpo, s'est voulu catégorique lors des réunions ministérielles à Moscou : « le Gazoduc transsaharien (TSGP) reste une priorité stratégique absolue pour le Nigeria », affirmant ainsi sans ambiguïté la centralité de l'axe reliant son pays à l'Algérie pour approvisionner les marchés mondiaux. Par cette prise de position sans équivoque, Abuja ne se contente pas de reléguer la proposition marocaine au rang de simple mirage diplomatique, elle réaffirme que la véritable colonne vertébrale de l'énergie africaine s'écrira avec Alger, scellant définitivement le sort des prétentions de Rabat.

Ce constat d'échec est d'ailleurs largement confirmé par les analyses de l'expert américain en risques géopolitiques Geoff Porter. Qualifiant sans détour le projet marocain d’« éléphant blanc inviable qui ne sera jamais construit », le spécialiste pointe du doigt une illusion industrielle incapable de rivaliser avec l'axe Algérie-Nigeria. Face aux infrastructures déjà existantes et à la viabilité financière démontrée du tracé algérien, l'initiative portée par le Maroc apparaît ainsi pour ce qu'elle a toujours été : une impasse commerciale et technique vouée à l'extinction.

Sur le plan purement technique et financier, la comparaison entre les deux projets ne laisse place à aucun doute. Là où le Gazoduc Transsaharien (TSGP) repose sur un tracé direct reliant l'Algérie et le Nigeria à des infrastructures gazières majeures déjà existantes et opérationnelles, le projet sous-marin promu par le Maroc relève du parcours du combattant. Il impliquerait d'interconnecter pas moins de quatorze pays de la côte ouest-africaine à travers plus de 5 700 kilomètres de pipelines, pour un coût estimé entre 25 et près de 40 milliards de dollars. Ce réseau pharaonique se heurterait non seulement à un cauchemar logistique et sécuritaire, mais aussi à une absurdité économique : la majorité du gaz serait absorbée par les besoins des pays de transit bien avant de pouvoir être exportée vers l'Europe, détruisant toute rentabilité pour ses investisseurs.

Pourtant, malgré ce verdict implacable de la réalité économique, le pouvoir marocain s'obstine dans une fuite en avant médiatique et diplomatique. Plutôt que de reconnaître l'impossibilité d'un projet mort-né, les autorités de Rabat s'enferment dans une stratégie d'autosuggestion en continuant de vendre du vent à l'international et à leur propre opinion publique. Cette propagande du mirage énergétique cherche avant tout à masquer un bilan interne de plus en plus lourd, marqué par une crise socio-économique profonde, une hausse vertigineuse du coût de la vie et un mécontentement populaire croissant. En braquant les projecteurs sur des méga-projets virtuels au lieu d'investir concrètement dans le bien-être de ses citoyens, le Makhzen préfère la surenchère de la communication à la résolution des urgences réelles du peuple marocain.