Par Hanane Ben

Les trois colliers remis en 2008 par le roi Mohammed VI à José Luis Rodríguez Zapatero et à son épouse continuent de défrayer la chronique et de miner la réputation de l'ancien président du gouvernement espagnol. Réputé pour son alignement sans faille sur les thèses de Rabat, cet ancien dirigeant socialiste se retrouve aujourd'hui empêtré dans les retombées d'une générosité diplomatique qui ressemble de plus en plus à un cadeau empoisonné.

L'affaire prend une tournure d'autant plus embarrassante que la récente réévaluation de ces joyaux par la bijouterie Yanes vient consolider la thèse d'un délit fiscal lié à la non-déclaration de l'impôt sur la fortune. Ce qui était présenté à l'époque comme une marque de courtoisie lors du sommet d'Oujda s'est transformé en un véritable casse-tête judiciaire. Mais au-delà du volet financier, cette affaire remet en lumière le troc politique opéré par l'ancien chef du gouvernement, accusé d'avoir bradé la cause du peuple sahraoui et la responsabilité historique de l'Espagne en souscrivant pleinement aux ambitions expansionnistes marocaines.

Cet alignement ne s'est pas limité à des concessions diplomatiques de coulisses. Zapatero s'est mué au fil des ans en un véritable propagandiste des intérêts alaouites, allant jusqu'à théoriser l'abandon du Sahara Occidental dans son ouvrage La solución pacífica.

Dans ce livre, l'ancien dirigeant va jusqu'à comparer le plan d'autonomie proposé par Rabat pour le territoire occupé à un statut d'autonomie régionale comme l'Estatut catalan, balayant d'un revers de main le droit à l'autodétermination et les résolutions de l'ONU. Poussant plus loin le rôle de lobbyiste, il n'a pas hésité à signer la préface d'un ouvrage de propagande intitulé Sáhara marroquí: tierra de luz y futuro, entérinant explicitement le discours de l'occupant.

Cette proximité étalée au grand jour trouve un écho particulièrement troublant dans le soutien actif accordé par Zapatero à des organisations contestées comme le Movimiento Saharaui por la Paz (MSP). Alors que des rapports des services de renseignement qualifient ce groupe de simple vitrine téléguidée par les services secrets marocains pour miner le Front Polisario, l'ancien chef du gouvernement n'hésite pas à lui prêter sa caution morale. En prêtant ainsi sa voix à une opération d'ingérence, il ne se contente plus de donner des avis politiques, mais participe activement au blanchiment diplomatique des stratégies d'influence orchestrées depuis Rabat.

L'empreinte de Zapatero ne s'arrête pas à ses propres mandats, puisqu'il s'est imposé comme le véritable architecte du spectaculaire revirement opéré ensuite par Pedro Sanchez. C'est en préparant méthodiquement le terrain idéologique au sein du Parti Socialiste depuis 2008 que l'ancien président a permis l'alignement officiel de la diplomatie espagnole sur la souveraineté marocaine au Sahara. Dès lors, les colliers reçus à Oujda ne relèvent plus du simple souvenir de voyage, mais apparaissent comme le point de départ d'une véritable captation d'influence qui a fini par gangréner l'ensemble de la politique étrangère du PSOE.

Cette posture révèle également un grand écart idéologique et une hypocrisie frappante chez un dirigeant qui a bâti sa carrière sur des discours progressistes et la défense des droits humains. Le même homme qui se posait en chantre du pacifisme et de la justice internationale ferme désormais les yeux sur les violations documentées des droits fondamentaux dans les territoires occupés. En acceptant sans broncher les parures précieuses d'une monarchie absolue et en célébrant les soi-disant avancées démocratiques du régime marocain, il sacrifie ses principes sur l'autel de liaisons diplomatiques pour le moins opaques.

Derrière cette prétendue diplomatie de la paix se profile une réalité bien plus prosaïque, guidée par la diplomatie des affaires et des opportunités économiques. Des contrats de BTP à la gestion de l'eau, en passant par les accords de pêche, le rapprochement avec le royaume chérifien s'est souvent traduit par des retombées juteuses pour des réseaux d'intérêts bien introduits. En jouant les intermédiaires de luxe au sommet de l'Etat, Zapatero a contribué à mêler la raison d'Etat aux intérêts d'affaires, laissant planer le doute sur le véritable moteur de son zèle pro-marocain.

En cherchant coûte que coûte à minimiser la valeur de ces parures ou à en justifier l'origine face aux juges, Zapatero montre toute sa difficulté à se défaire de l'ombre portée par cette diplomatie du bijou. Ces présents princiers matérialisent le prix d'un renoncement politique majeur et le manque de transparence d'un pouvoir qui pensait pouvoir accumuler les faveurs et cautionner l'annexion d'un territoire sans jamais avoir à en rendre compte devant la justice de son pays.