À la veille des législatives du 23 septembre, le Maroc s’apprête une nouvelle fois à mettre en scène son rendez-vous électoral. Affiches, meetings, promesses et déclarations se succèdent pour donner l’image d’un pays stable, moderne et démocratique, où le citoyen serait au cœur de la vie politique. Mais derrière cette vitrine électorale, une autre réalité apparaît : celle d’une société confrontée à des difficultés sociales profondes, à une défiance croissante et à un sentiment de déclassement qui ne se résume plus à une simple déception politique.
Ce pays compte 15,8 millions d’électeurs inscrits et 395 sièges sont à pourvoir à la Chambre des représentants. Sur le papier, le pluralisme est bien là. Des partis se disputent les voix, les candidats sillonnent le pays et les programmes promettent de répondre aux attentes de la population. Mais encore faut-il que cette population ait le sentiment que ces promesses peuvent réellement changer quelque chose à sa vie.
Car c’est précisément là que le décor commence à se fissurer. Pour une majorité de la société marocaine, la politique ne se juge plus à l’aune des grands discours, mais à la fin du mois. Elle se mesure au prix des produits alimentaires, au coût du logement, à l’accès aux soins, à l’état de l’école publique, à la possibilité de trouver un emploi et à la capacité de vivre dignement de son travail.
Le Maroc peut afficher des projets d’infrastructures, des investissements et des taux de croissance qui alimentent son récit de modernisation. Mais cette prospérité affichée ne semble pas profiter de manière égale à l’ensemble de la population. Le chômage reste élevé et les écarts sociaux et territoriaux demeurent importants. Le taux de chômage atteignait 13 % en 2025 et dépassait 37 % chez les 15-24 ans.
À force de parler de croissance, de grands projets et de modernisation, le risque est de finir par oublier celui pour qui cette croissance est censée exister : le citoyen. Un citoyen qui peut voir les grands chantiers se multiplier sans pour autant voir son propre quotidien s’améliorer.
Le malaise est aussi visible dans une donnée particulièrement révélatrice : le désir de partir. Selon une enquête de l’Arab Barometer réalisée en 2023-2024, 35 % des Marocains interrogés déclaraient souhaiter émigrer. Chez les 18-29 ans, cette proportion atteignait 55 %. Et parmi ceux qui envisageaient de quitter le pays, 45 % citaient les raisons économiques comme principal motif.
Ce chiffre raconte à lui seul une partie du malaise de la société. Lorsqu’une proportion aussi importante de la population envisage son avenir ailleurs, la question dépasse largement celle de l’immigration. Elle renvoie à une perte d’espoir : partir pour travailler, partir pour étudier, partir pour offrir à ses enfants un avenir différent, partir parce que l’ailleurs semble offrir ce que le pays ne parvient plus à garantir.
Le phénomène est particulièrement frappant chez les jeunes. Une génération qui devrait normalement se projeter dans l'avenir, construire sa vie et participer à la transformation de son pays regarde parfois vers l'Europe ou l'Amérique comme une porte de sortie. La rue et les réseaux sociaux ont d'ailleurs montré que cette jeunesse n'était pas indifférente à la politique. Le mouvement GenZ 212 a porté des revendications sur la santé, l'éducation, l'emploi et les conditions de vie, révélant un mécontentement qui ne trouvait plus forcément sa place dans les partis traditionnels.
À cette crise sociale s'ajoute une dimension plus silencieuse : celle du bien-être psychologique. Il serait abusif de prétendre mesurer la « santé mentale » de toute une société à partir de quelques indicateurs. Mais l'état des services de prise en charge constitue un signal préoccupant. Selon l'Atlas de la santé mentale 2024 de l'Organisation mondiale de la santé, moins de 10 % des établissements de soins primaires au Maroc proposent des interventions psychosociales pour les personnes souffrant de troubles mentaux. Le système dispose par ailleurs d'un nombre limité de structures spécialisées et de ressources dédiées.
Derrière les statistiques, il y a pourtant des vies. Des familles qui vivent avec l'angoisse du chômage, des jeunes qui ne savent pas comment construire leur avenir, des travailleurs confrontés à la précarité, des parents qui s'inquiètent pour leurs enfants. Toutes ces tensions ne font pas nécessairement la une des journaux. Elles s'accumulent dans les foyers et alimentent un sentiment de fatigue sociale dont les campagnes électorales ne peuvent faire abstraction.
C'est dans ce contexte que se pose la question de l'abstention. En 2021, la participation aux législatives avait atteint 50,18 %. Près d'un électeur inscrit sur deux n'avait donc pas voté. À quelques heures du nouveau scrutin, le risque d'une nouvelle distance entre les urnes et la population constitue un signal que les partis ne peuvent simplement balayer comme une forme d'apathie.
Car ne pas voter ne signifie pas nécessairement ne pas s'intéresser à son pays. Cela peut aussi traduire la conviction que les choix proposés ne répondent plus aux problèmes vécus.
Le contraste est particulièrement brutal lorsqu'on met face à face le récit de la modernisation et cette envie de partir. À quoi sert une image de réussite si une partie de ceux qui devraient en être les bénéficiaires ne voient leur avenir qu'en dehors du pays ?
Une démocratie ne se mesure pas uniquement à la tenue d'une élection. Elle se mesure aussi à la confiance qu'elle inspire, à la capacité de ses institutions à répondre aux difficultés de la population et à l'espoir qu'elle est capable de donner à ceux qui vivent dans le pays.
Ce pays compte 15,8 millions d’électeurs inscrits et 395 sièges sont à pourvoir à la Chambre des représentants. Sur le papier, le pluralisme est bien là. Des partis se disputent les voix, les candidats sillonnent le pays et les programmes promettent de répondre aux attentes de la population. Mais encore faut-il que cette population ait le sentiment que ces promesses peuvent réellement changer quelque chose à sa vie.
Car c’est précisément là que le décor commence à se fissurer. Pour une majorité de la société marocaine, la politique ne se juge plus à l’aune des grands discours, mais à la fin du mois. Elle se mesure au prix des produits alimentaires, au coût du logement, à l’accès aux soins, à l’état de l’école publique, à la possibilité de trouver un emploi et à la capacité de vivre dignement de son travail.
Le Maroc peut afficher des projets d’infrastructures, des investissements et des taux de croissance qui alimentent son récit de modernisation. Mais cette prospérité affichée ne semble pas profiter de manière égale à l’ensemble de la population. Le chômage reste élevé et les écarts sociaux et territoriaux demeurent importants. Le taux de chômage atteignait 13 % en 2025 et dépassait 37 % chez les 15-24 ans.
À force de parler de croissance, de grands projets et de modernisation, le risque est de finir par oublier celui pour qui cette croissance est censée exister : le citoyen. Un citoyen qui peut voir les grands chantiers se multiplier sans pour autant voir son propre quotidien s’améliorer.
Le malaise est aussi visible dans une donnée particulièrement révélatrice : le désir de partir. Selon une enquête de l’Arab Barometer réalisée en 2023-2024, 35 % des Marocains interrogés déclaraient souhaiter émigrer. Chez les 18-29 ans, cette proportion atteignait 55 %. Et parmi ceux qui envisageaient de quitter le pays, 45 % citaient les raisons économiques comme principal motif.
Ce chiffre raconte à lui seul une partie du malaise de la société. Lorsqu’une proportion aussi importante de la population envisage son avenir ailleurs, la question dépasse largement celle de l’immigration. Elle renvoie à une perte d’espoir : partir pour travailler, partir pour étudier, partir pour offrir à ses enfants un avenir différent, partir parce que l’ailleurs semble offrir ce que le pays ne parvient plus à garantir.
Le phénomène est particulièrement frappant chez les jeunes. Une génération qui devrait normalement se projeter dans l'avenir, construire sa vie et participer à la transformation de son pays regarde parfois vers l'Europe ou l'Amérique comme une porte de sortie. La rue et les réseaux sociaux ont d'ailleurs montré que cette jeunesse n'était pas indifférente à la politique. Le mouvement GenZ 212 a porté des revendications sur la santé, l'éducation, l'emploi et les conditions de vie, révélant un mécontentement qui ne trouvait plus forcément sa place dans les partis traditionnels.
À cette crise sociale s'ajoute une dimension plus silencieuse : celle du bien-être psychologique. Il serait abusif de prétendre mesurer la « santé mentale » de toute une société à partir de quelques indicateurs. Mais l'état des services de prise en charge constitue un signal préoccupant. Selon l'Atlas de la santé mentale 2024 de l'Organisation mondiale de la santé, moins de 10 % des établissements de soins primaires au Maroc proposent des interventions psychosociales pour les personnes souffrant de troubles mentaux. Le système dispose par ailleurs d'un nombre limité de structures spécialisées et de ressources dédiées.
Derrière les statistiques, il y a pourtant des vies. Des familles qui vivent avec l'angoisse du chômage, des jeunes qui ne savent pas comment construire leur avenir, des travailleurs confrontés à la précarité, des parents qui s'inquiètent pour leurs enfants. Toutes ces tensions ne font pas nécessairement la une des journaux. Elles s'accumulent dans les foyers et alimentent un sentiment de fatigue sociale dont les campagnes électorales ne peuvent faire abstraction.
C'est dans ce contexte que se pose la question de l'abstention. En 2021, la participation aux législatives avait atteint 50,18 %. Près d'un électeur inscrit sur deux n'avait donc pas voté. À quelques heures du nouveau scrutin, le risque d'une nouvelle distance entre les urnes et la population constitue un signal que les partis ne peuvent simplement balayer comme une forme d'apathie.
Car ne pas voter ne signifie pas nécessairement ne pas s'intéresser à son pays. Cela peut aussi traduire la conviction que les choix proposés ne répondent plus aux problèmes vécus.
Le contraste est particulièrement brutal lorsqu'on met face à face le récit de la modernisation et cette envie de partir. À quoi sert une image de réussite si une partie de ceux qui devraient en être les bénéficiaires ne voient leur avenir qu'en dehors du pays ?
Une démocratie ne se mesure pas uniquement à la tenue d'une élection. Elle se mesure aussi à la confiance qu'elle inspire, à la capacité de ses institutions à répondre aux difficultés de la population et à l'espoir qu'elle est capable de donner à ceux qui vivent dans le pays.
Rédaction Algérie 54